dimanche, 18 octobre 2015 16:24

Changer malgré les résistances

Écrit par  Michèle Théron
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Nous sommes tous concernés par le changement. La vie même est synonyme de changement. N’est-ce pas Bouddha qui disait : « Il n’existe rien de constant, si ce n’est le changement » ? !

Le changement, processus compliqué et parfois douloureux, est impossible sans une mutation intérieure aidée par un regard nouveau sur soi-même et sur les autres.

Notre simple existence au sein d’un environnement qui exerce sa pression sur nous, nous oblige en permanence à évoluer et à nous adapter. Le changement nous sollicite à tous les niveaux : personnel (dans notre démarche individuelle), familial ( en tant que parent, pour aider nos enfants à grandir, pour se libérer du poids du passé ou pour évoluer dans notre couple), professionnel (les bouleversements techniques ou législatifs, l’évolution de notre carrière, la motivation), thérapeutique (comment être un accompagnant qui favorise le changement de l’autre), sociétal (les choix politiques, l’évolution des mentalités, la « modernisation »), ou spirituel (changer notre niveau de conscience, être capable de dire « oui » à la vie et d’accepter toutes les étapes de notre existence, -naissance, maturité, renaissances, vieillesse, mort-).

Le changement est un processus à la fois « quantitatif » et « qualitatif ». C’est par l’acquisition de différents savoirs, savoirs-faire, savoirs-être, qu’un individu peut être pris dans un mouvement qui va le mener petit à petit vers un autre point. Ce mouvement est soumis partiellement à sa volonté et lui échappe aussi en grande partie. Cette absence de maîtrise totale du mouvement tient, entre autres, à la nature même de l’individu : il répond à des lois biologiques, universelles, qui le placent dans un contexte, un environnement, auxquels il répond.

Nous sommes pris entre deux forces
Mais, liée inévitablement au changement, s’impose aussi une autre force : la résistance à ce même changement. Cette force, pour la psychanalyse, se définirait comme ce « qui s’oppose à la prise de conscience de ce qui a été refoulé ». Et nous sommes pris en permanence entre ces deux mouvements : l’un qui nous fait aspirer au changement, à l’évolution, à la résolution de nos problématiques, et l’autre qui nous en éloigne, qui résiste à toute action s’exerçant sur nous-mêmes et aspire à l’inertie. Cette contradiction entre la pression exercée par l’environnement, les événements, le mouvement de la vie, et la pression d’opposition exercée par l’individu qui résiste, n’est pas sans créer une certaine tension, voire une souffrance ! Notre peur de perdre, notre difficulté à lâcher la rébellion, l’orgueil, l’image, le pouvoir, les sécurités, les bénéfices, les croyances sont autant d’éléments qui agissent comme des freins.

Dans cette seconde dynamique, s’inscrivent toutes nos croyances obsolètes, tout ce qui fait obstruction à la nouveauté, à l’inconnu, à l’inattendu, à ce que nous ne pouvons pas maîtriser. En effet, l’être humain, dans sa biologie même, par le jeu de l’homéostasie, vise en permanence un équilibre en maîtrisant son environnement (molécules, éléments, événements, personnes,…). Pas étonnant donc, qu’il soit parfois si compliqué d’accoucher de notre désir de changement, lorsqu’il est entravé par le contrôle et par nos peurs. Sénèque disait « Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas. C’est parce que nous n’osons pas qu’elles sont difficiles ».

D’abord, se connaître
Et la première raison qui nous empêche de dépasser nos peurs, reste la non connaissance de nous-mêmes. « Continuer à souffrir sans améliorer son sort n’est pas de la patience, c’est de l’ignorance », disait Margaret Mead. Pour changer, nous ne pouvons pas faire l’économie de sonder nos profondeurs. Il faut plonger dans nos ombres, notre passé, notre héritage, nos valeurs et notre vision du monde. Il faut oser se décentrer par rapport à tout ce qui a été acquis, pour accéder à du neuf. Il faut cesser d’incriminer le monde comme responsable de notre incapacité à changer ou à aller mieux. Car le monde, c’est nous, et bien des grands sages nous l’ont dit. Tout d’abord Gandhi, qui affirme : « Nous devons être le changement que nous voulons voir dans ce monde ». Ensuite, Krishnamurti qui disait : « La transformation du monde est provoquée par la transformation de soi-même, car le soi est le produit et une partie de tout le processus de l'existence humaine. Pour se transformer soi-même, la connaissance de soi est essentielle, sans vous connaître il ne peut pas y avoir de transformation. »
Impossible donc d’échapper à la responsabilisation, à l’engagement et à la quête de soi…

Se mettre en cohérence avec la vie
Et nous sommes aidés en cela par la vie, la vie qui est toujours plus forte que l’individu. Un certain nombre d’événements s’imposent à nous parfois sous la contrainte et agissent finalement comme des facilitateurs de changement. Les frustrations, la souffrance, la maladie, les ruptures, agissent comme des moteurs pour nous mettre dans le mouvement de la vie, en attendant que notre besoin d’intégrité intérieure et que le contact avec notre pulsion de vie, réveillent notre moteur intérieur et nous mettent en cohérence avec la vie. En effet, à défaut de dire un « oui » inconditionnel à la vie, nous sommes placés face à des événements que nous allons vivre de façon douloureuse et qui vont nous obliger à changer, à trouver de nouvelles ressources. Nous y serons « contraints », peut-être jusqu’à ce que nous décidions d’anticiper les événements et de changer par nous-mêmes. C’est notre degré d’ouverture qui va déterminer la force des événements auxquels nous seront confrontés, c’est lui qui va nous permettre de « digérer » avec plus ou moins de facilité l’impact de ce qu’il nous faut intégrer comme nouveau, et qui nous faisait défaut jusqu’alors. Faut-il comprendre que la force de l’impact des événements qui nous est imposée est proportionnelle au manque de cohérence qui nous habitait, ou encore, proportionnelle au niveau de conscience qui était à atteindre ? Chaque épreuve dépassée, chaque transformation assumée, sans regret, sans douleur, sans rancune, nous ouvre en effet à un niveau de conscience supérieur, à un élargissement qui est un gain extraordinaire, tant sur le plan personnel que dans notre rapport aux autres et au monde.

Une résistance inévitable
Néanmoins, ne fustigeons pas non plus les résistances. Elles sont l’expression, dans un premier temps, d’une intelligence qui nous permet de vivre (même dans la survie), quand nos capacités d’adaptation sont dépassées. La résistance est en effet un temps de maturation nécessaire à l’évolution, qui permet à l’individu d’intégrer les nouvelles données qui vont modifier son être, son environnement et toucher son intime.

C’est parfois lentement qu’il faut réapprendre à accueillir la vie, quand autrefois elle nous avait blessés et laissés dans des retranchements destinés à nous protéger d’elle. Il faudra parfois du temps pour accueillir à nouveau les événements en respectant nos capacités d’intégration, au risque de maintenir certaines résistances en place. Mais il nous faut surtout entamer un processus intérieur, un mouvement qui va autant au cœur de nous-mêmes que vers l’extérieur. Une démarche qui amorce un changement sera facilitée par l’écoute, la reconnaissance et la validation de notre vécu. Légitimité, droit à l’erreur, bienveillance, respect, empathie, sont autant d’éléments qui permettront de retrouver un sentiment de sécurité intérieure et de reconquérir l’estime de soi, sans laquelle il est difficile de changer.

Retrouver et aimer le féminin intérieur
Changer, c’est s’aimer, s’aimer pour ses erreurs, ses incohérences passées, et se pardonner d’avoir eu des limites. Changer, c’est s’aimer dans notre capacité à grandir, c’est se vouloir plus grand, même si cela prend du temps. Changer, c’est aimer la vie et avancer avec elle. Changer, c’est aussi le moment de prendre conscience de notre besoin des autres, sans lesquels nous ne pouvons exister, même dans une démarche d’individuation. Les autres peuvent alors devenir un contexte facilitant, alors qu’autrefois ils étaient vécus comme une contrainte ou une possible blessure. Ils deviennent des vecteurs pour notre transformation et leur présence prend un sens tout particulier dans notre vie, en nous obligeant à être impliqués et conscients.

Cette conscience ne pourra s’appuyer que sur la restauration de notre monde intérieur qui est l’autre face, inconsciente, de notre potentiel. C’est notre féminin intérieur, à nouveau « épousé », qui nous permettra l’accès à notre transformation, qui sera alors une véritable mutation. Car ce « féminin de l’être », est « prodigieusement riche d’énergies potentielles » (1).

Cette nouvelle conscience est le fruit d’un contact constant avec notre ressenti, moteur interne et individuel, qui permet à chacun de trouver la voie juste pour lui. Car, comme le disait Ibn El Arabi (2), « Tu es toi-même le but de ta quête ».

(1) Annick de Souzenelle, « Pour une mutation intérieure », Ed Le relié

(2) Ibn El Arabi, philosophe et mystique arabe mort en 1240, auteur de plus de 400 ouvrages.

 

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